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Scandale des commandites - Loi sur la responsabilité
Journal de Montréal (Presse Canadienne), 7 décembre 2006

LOI SUR LA RESPONSABILITÉ

Le Parlement unanime

La réponse des conservateurs au scandale des commandites

OTTAWA | (PC) La Chambre des communes a finalement adopté à l'unanimité, hier, la Loi sur la responsabilité, la réponse des conservateurs au scandale des commandites.

Le projet de loi phare du gouvernement de Stephen Harper a été adopté par tous les partis sans qu'un vote en bonne et due forme n'ait été pris en Chambre. Le texte final, qui a été modifié par 86 amendements, recevra la sanction royale au début de la semaine prochaine.

«C'est le cadeau de Noël de Stephen Harper aux Canadiens: un gouvernement propre», a commenté le président du Conseil du trésor, John Baird, parrain du volumineux projet de loi. «il s'agit de la loi anticorruption la plus dure jamais adoptée au Canada.»

«C'était essentiellement la raison pour laquelle, en bonne partie, les Québécois nous ont envoyés ici», a renchéri le ministre des Transports, Lawrence Cannon.

Tous les partis se sont félicités de l'adoption du projet de loi, qui raffermit les règles encadrant le financement politique, établit un nouveau processus de nomination des hauts fonctionnaires, met en place un système de protection des dénonciateurs au sein de la fonction publique fédérale, met au pas les lobbyistes, accroît les pouvoirs du vérificateur général, resserre l'octroi des contrats gouvernementaux et augmente le nombre d'institutions assujetties à la Loi sur l'accès à l'information.

«Nous espérons que cela nous permettra de débusquer les mystères existant au sein de certaines de ces agences qui, jusqu'à présent, ont été à l'abri de la reddition de comptes, de la démocratie et de la transparence», a commenté le chef néo-démocrate, Jack Layton.

Dons aux partis

La mesure la plus visible du projet de loi est le nouveau plafond pour les dons à des partis politiques: pour les particuliers, il passe de 5200 à 1000 $ annuellement. Les entreprises et les syndicats, qui peuvent actuellement verser un maximum 1000 $ par année, devront désormais s'abstenir.

Le projet de loi phare du gouvernement de Stephen Harper a été adopté par tous les partis, hier.



SÉRIE SUR LES COMMANDITES
Suite à la parution du livre de Daniel Leblanc

Nom de code : MACHOUETTE

Le Journal de Montréal, samedi 21 octobre 2006
La valse des filous cravatés

Le Journal de Montréal, samedi 21 octobre 2006
De programme à scandale

Le Journal de Montréal, dimanche 22 octobre 2006
Tentative de camouflage

Le Journal de Montréal, lundi 23 octobre 2006
L'appel qui déclencha tout

Le Journal de Montréal, mardi 24 octobre 2006
La SQ a perquisitionné chez Gomery

Le Journal de Montréal, mardi 24 octobre 2006
Rien d'inhabituel?

Le Journal de Montréal, dimanche 29 octobre 2006
Commandites, l'événement le plus médiatisé



Le Journal de Montréal, samedi 21 octobre 2006
La valse des filous cravatés


Paul Martin, qui a créé la commission Gomery, vient de répondre en Chambre à une série de questions sur le scandale des commandites.
Le journaliste Daniel Leblanc, du Globe and Mail, fut le premier à fouiller sérieusement ce qui allait devenir le scandale des commandites, en 1999. Sept ans plus tard, il accouche de Nom de code : MaChouette, sur les dessous de l'enquête journalistique qui a conduit à la chute du gouvernement libéral de Paul Martin.

Pardonnez-moi le cliché cent fois utilisé, mais c'est vrai : ce livre se lit comme un thriller!

On y retrouve toute la galerie des personnages éclaboussés par ce détestable système de pots-de-vin et de ristournes qui finançait les activités du Parti libéral du Canada avec des fonds publics : Guité, Corriveau, Brault, Gagliano, Morselli...

Le journaliste révèle entre autres que l'ineffable Jacques Corriveau se vantait, dès 2002, auprès d'officiels libéraux, d'avoir instauré un «petit système» qui aidait à financer le PLC, notamment au chef de cabinet de Don Boudria ainsi qu'au bureau de Martin Cauchon.

Leblanc joue au guide, il prend le lecteur par la main et lui fait visiter le scandale des commandites, tel qu'il l'a lui-même vécu. L'auteur raconte ses interactions avec les crapules et les politiciens, avec les sources anonymes et les officiels véreux, en nous montrant comment il est tombé sur tel filon, comment il a découvert telle arnaque et en nous présentant ses retranscriptions d'entrevues avec les Gagliano, Coderre, Corriveau...

Le courage des sources

Mais surtout, Daniel Leblanc nous présente le rôle crucial de quatre sources anonymes qui l'ont lancé sur des pistes capitales, à divers moments de son enquête. Il y a MaChouette, bien sûr, mais il y a aussi l'Organisateur, l'Inconnu, le Publicitaire et le Fonctionnaire. L'auteur voue un respect immense à ces dénonciateurs, sans qui jamais la vérificatrice Sheila Fraser n'aurait été appelée à se pencher sur l'affaire, sans qui jamais le juge Gomery ne serait devenu une star adorée du public...

Leblanc raconte sa première rencontre avec MaChouette, celle qui a mis le feu aux poudres, en le contactant : «J'avais devant moi une femme dynamique et incorruptible; une femme du genre droit au but, qui aime les choses bien faites. Elle travaillait honnêtement pour gagner sa vie et elle s'attendait à ce que tous fassent de même.»

Le livre de Leblanc traite de corruption et de pouvoir, bien sûr. Mais il traite aussi, et surtout, de courage. Car à Ottawa, bien des gens savaient que les deals de Guité avec ses amis publicitaires n'étaient pas très propres. Mais personne ne parlait.

«Se faire mentir en pleine face»

Leblanc cite MaChouette, qui ne comprend pas ce silence complice : en privé, dit-elle, les fonctionnaires ne se gênaient pas pour parler de leur dégoût. Mais personne n'a rien fait: «Tout le monde avait peur. Peur de quoi? Peur du gouvernement? De se faire tasser? Je ne sais pas.»

Le lecteur prendra aussi un malin plaisir à lire les propos de MM. Coderre et Gagllano, lors d'entrevues avec l'auteur, propos qui seront «contredits» par les faits et les témoignages d'autres protagonistes, quelques pages plus tard...

Ce qui a le plus frappé Daniel Leblanc, au cours de son enquête? «L'aisance avec laquelle un acteur politique peut tenter de ne rien dire, ou de mentir, pendant quelques jours. Dans plusieurs cas, les gens s'en tirent en mentant et il faut une commission d'enquête pour aller au fond des choses. Concrètement, c'est dur de se faire mentir en pleine face.»

En effet.

Pour quiconque voudra revisiter le scandale des commandites, le livre de Leblanc est un must et fait œuvre de mémoire, dans une société qui a le vilain défaut d'oublier bien rapidement...

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Durant trois jours, le Journal de Montréal vous a présenté en exclusivité des extraits du livre de Daniel Leblanc, ce journaliste qui a mis au jour le scandale des commandites. L'ouvrage lève le voile sur les dessous de cette enquête journalistique sans précédent.

Le Journal de Montréal, samedi 21 octobre 2006
De programme à scandale


Chuck Guité, un original en tenue de cow-boy, se rend témoigner à la Commission Gomery.
Une dénonciatrice a joué un rôle primordial dans l'enquête journalistique.

Je me suis lancé sur la piste du scandale des commandites en 1999 après avoir entendu parler d'un fonctionnaire qui aimait la bonne chère et les chapeaux de cow-boy.

C'était lors d'une fête. Un ancien collègue me décrivait avec humour Joseph-Charles Guité, un Acadien qui venait de prendre sa retraite après avoir fait la pluie et le beau temps à Ottawa. «Chuck», comme tous l'appelaient, était vu comme une force de la nature au sein de l'ennuyante bureaucratie fédérale, un excentrique qui ne passait jamais inaperçu lorsqu'il entrait dans une salle avec un de ses couvre-chefs.

Pour la première fois, j'entendais parler de cet ancien militaire qui avait brassé des millions en tapissant le Québec de drapeaux canadiens après le référendum de 1995. Je n'avais jamais vu Chuck Guité de ma vie, mais j'avais une image bien claire en tête de cet homme qu'on me dépeignait comme étant trapu, bruyant et jovial, avec le nez bourgeonnant. Un personnage que j'ai voulu découvrir dès cet instant, tout comme le programme des commandites.

BIEN PLUS IMPORTANT

Je connaissais bien peu de choses sur cette initiative fédérale à l'époque; je n'étais au courant que de ce qui se faisait au vu et au su de tous. J'avais aperçu les montgolfières en forme de police montée et de drapeau canadien qui survolaient le ciel les soirs d'été et ces panneaux illuminés avec le mot «Canada». [...]

Lors de cette soirée, mon ancien collègue me fit comprendre que le programme des commandites était bien plus important que je ne pouvais me l'imaginer.

Il me dit aussi que Chuck Guité avait tissé des liens serrés avec certains publicitaires et acteurs politiques au fil du temps, partageant avec eux ses passions pour la péche au saumon, les voitures sport, les bons restaurants et le vin rouge. Enfin, mon interlocuteur me raconta qu'avant de prendre sa retraite, Chuck Guité avait «payé la traite» à certains de ses amis dans les agences de communication en leur accordant quelques contrats payants en guise de remerciement pour leurs loyaux services.

Cette information, bien que mince – plus des rumeurs que des faits –, m'avait mis la puce à l'oreille, ce qui me suffisait pour entreprendre une enquête, qui a encore des répercussions aujourd'hui.

[...] Tout le long de mon enquête (journalistique dans le Globe and Mail), j'ai reçu des coups de fil impromptus, des lettres anonymes et des courriels inattendus, toujours de la part de témoins privilégiés qui tenaient à rapporter ces abus. J'ai eu de l'aide de bureaucrates, d'adjoints politiques et de publicitaires, qui s'exposaient à des représailles et qui auraient pu perdre leur emploi si leurs noms avaient été divulgués.

[...] Parmi ces gens, il y a une dénonciatrice qui a joué un rôle primordial dans l'enquête journalistique à partir du printemps 2000. C'est elle la première qui m'a informé de l'existence possible d'un système de ristournes au profit du Parti libéral du Canada.

Avant de parler à cette source, je m'intéressais au programme des commandites; après, je me suis mis à fouiller le scandale des commandites. En fait, elle est l'héroïne cachée de cette histoire, une figure inconnue même pour tous les Québécois qui ont suivi la commission Gomery à la seconde près. Je n'ai jamais cité une parole de cette femme ou même évoqué son existence dans les centaines d'articles que j'ai écrits sur le sujet au cours des six dernières années.

COURAGEUSE INFORMATRICE

Bien que ma meilleure informatrice, cette femme n'a pas été ma seule source. En fait, son acte de courage et les articles de journaux qui en ont découlé ont poussé d'autres personnes à livrer des renseignements.

[...] J'ai décidé d'écrire ce livre au moment où le Québec a entendu le témoignage choc à la commission Gomery de Jean Brault, le président de Groupaction Marketing. Jusqu'alors, il était évident qu'il y avait eu un gaspillage éhonté des fonds publics. Mais Jean Brault était le premier joueur qui se vidait le cœur et admettait que les agences de publicité avaient été contraintes de faire des dons cachés au Parti libéral pour profiter des contrats de commandites. Le scandale ayant atteint son paroxysme, je me suis dit que je me devais d'en raconter les côtés inédits.

D'AUTRES SAVOUREUX EXTRAITS

CHAPITRE 2

Il y a des mots habituellement crus pour décrire des dénonciateurs : des rats, des cafards, des stoolers, des rapporteurs, des porte-panier. Mais aucun d'eux ne définit l'action de cette femme ce jour-là. Il n'y avait rien d'ignoble dans sa démarche; en fait, son appel témoignait d'un grand courage.

J'ai croisé MaChouette (une source) en personne pour la première fois en 2004, lors d'un événement public. Elle était loin de se douter que j'avais découvert son identité. Après les présentations, elle m'a demandé, un sourire en coin, si j'avais reçu l'aide d'informateurs anonymes au cours des années. «Est-ce qu'il y a des gens qui t'envoyaient des courriels?»

Je savais où elle voulait en venir et, à l'oreille, je lui ai chuchoté que j'avais déjà deviné que c'était elle, MaChouette.

CHAPITRE 3

L'organisateur me confiait que le financement du Parti libéral ne se faisait pas toujours dans les règles de l'art et que de l'argent comptant circulait. Les dirigeants du parti à Montréal envoyaient souvent des «bénévoles» dans des comtés, ce qui le poussait à croire qu'il devait y avoir un «sac de liquide» quelque part pour les payer.

Lorsque j'ai joint Alfonso Gagliano le lendemain, celui-ci n'était pas de si mauvais poil toutefois. Il avait la solidité d'un politicien de terrain, sans compter qu'il venait de terminer une de ses meilleures parties de golf à vie. «En bas de 90», m'a-t-il dit au sujet de son score de la journée.

CHAPITRE 4

Ce nouvel informateur ayant lui aussi choisi de demeurer dans l'ombre, je le surnomme ici l'Inconnu. Ce dernier était des plus mystérieux à mes yeux. J'entretenais un dialogue électronique avec MaChouette, mais l'Inconnu, lui, me faisait parvenir ses renseignements par la poste, sans fournir d'adresse de retour. C'était un monologue de sa part, l'auteur ne révélant absolument rien de son identité.

CHAPITRE 5

L'entrée en jeu de cet homme d'affaires avec une crédibilité en béton a donné un deuxième souffle à cette enquête journalistique. Terminées les sources anonymes et confidentielles; pour la première fois, quelqu'un était prêt à mettre sa photo sur la première page du journal pour en finir avec cette histoire.

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Durant trois jours, le Journal de Montréal vous a présenté en exclusivité des extraits du livre de Daniel Leblanc, ce journaliste qui a mis au jour le scandale des commandites. L'ouvrage lève le voile sur les dessous de cette enquête journalistique sans précédent.

Le Journal de Montréal, dimanche 22 octobre 2006
Tentative de camouflage


C'est au bureau du ministre Alfonso Gagliano que la demande pour rendre publique la fameuse liste du programme des commandites a connu une première opposition.
Le gouvernement voulait fournir une liste falsifiée des événements subventionnés

A mon retour de vacances, au début de janvier 2000, j'ai décidé [...] d'approfondir les informations dont mon ancien collègue m'avait parlé quelque temps auparavant à propos de Chuck Guité et de ses généreux contrats. En quelques minutes, j'ai envoyé une demande d'accès à l'information au ministère des Travaux publics, réclamant une liste complète des événements subventionnés en vertu du programme des commandites depuis sa création. C'était une simple partie de pêche.

Cette demande d'information avait créé un vent de panique au gouvernement, engendrant un jeu de coulisses dont je n'ai appris l'existence que cinq ans plus tard, lors des audiences de la commission Gomery. En fait, une série de péripéties impliquant deux listes d'événements commandités – une vraie et une fausse –, des pressions bureaucratiques et politiques de même que l'entrée en piste d'une fonctionnaire au courage indéniable ont découlé de cette demande d'information sur le programme des commandites.

UNE SIMPLE DEMANDE

Le tout a commencé lorsque la responsable du service de l'accès à l'information au ministère des Travaux publics, Anita Lloyd, m'a appelé pour m'informer qu'il existait bel et bien une liste contenant toutes les commandites octroyées depuis 1997. Elle m'a alors tout simplement demandé si je voulais recevoir cette liste, et je lui ai répondu que oui.

Anita Lloyd a entrepris les démarches afin d'obtenir les approbations requises. Elle n'a eu aucun problème jusqu'à ce que la liste se rende au bureau du ministre Alfonso Gagliano. Ce qui est arrivé alors n'est pas clair, mais quelqu'un s'est empressé d'ordonner que cette liste ne soit pas rendue publique. Un fonctionnaire ou un adjoint ministériel était vraisemblablement au courant de la magouille dans le programme et voulait camoufler l'affaire, mettant tout en œuvre pour éviter de satisfaire à ma demande.

PRESSIONS

Une seconde liste bien moins complète que celle proposée par Anita Lloyd a été dressée avec la ferme intention de me la fournir. Anita Lloyd ne cautionna pas cet acte, disant que j'avais un droit absolu à la première liste, ce qui a influencé le déroulement des événements qui suivirent.

Une collègue d'Anita Lloyd ajouta même que si le ministère voulait m'envoyer la seconde liste, il faudrait faire signer Alfonso Gagliano lui-même pour l'approbation finale!

En raison de sa prise de position, Anita Lloyd a continué à subir des pressions. Ses patrons ont insisté pour qu'elle m'appelle afin de me convaincre subtilement d'accepter la seconde liste. Elle a refusé. En fait, elle a simplement accepté de me téléphoner et de me demander si je voulais la première liste, ce que je lui ai confirmé sans vraiment comprendre ce qui se passait en arrière-scène.

LA FAMEUSE LISTE

Ayant enfin gagné cette bataille, Anita Lloyd a donc pu m'envoyer au mois de mai 2000 la fameuse liste originale (la vraie) qui contenait toutes les commandites octroyées par le ministère des Travaux publics depuis 1997. La deuxième liste falsifiée, qui avait été établie par je ne sais qui, ne s'est jamais rendue chez moi. En fait, je n'ai appris son existence que près de cinq ans plus tard, lors des audiences de la commission Gomery. J'ai fait cette découverte, tout bonnement assis au fond de la salle d'audience à Ottawa en train d'écouter le témoignage d'Anita Lloyd, qui racontait toutes les tractations entourant la diffusion de ce simple document.

Après avoir entendu son témoignage, je suis allé m'asseoir dans la salle réservée aux journalistes pour consulter la deuxième liste. C'est alors que j'ai compris qu'il s'en était fallu de peu pour que les libéraux réussissent à camoufler le scandale des commandites. En fait, cette deuxième liste falsifiée ne contenait que des détails sur 82 millions de dollars d'événements commandités, donc 57 % du budget réel du programme. Et les données manquantes sur cette seconde liste n'étaient pas les moindres. Il n'apparaissait pas une commandite obscure de 550000 $ octroyée en 1998 à Groupaction et qui allait être un point tournant dans le dévoilement du scandale.

D’AUTRES SAVOUREUX EXTRAITS

Michel Couillard avait même dit à certaines personnes qu'il avait reçu certaines de ses «commandes politiques» lors d'une rencontre en tête-à-tête avec Alfonso Gagliano dans un restaurant, à l'abri des regards des autres clients, dans la cuisine!

CHAPITRE 6

J'étais dépité. Après plus de deux années à fouiller le dossier du scandale des commandites, la meilleure histoire de toutes n'arrivait même pas à lever.

Dans sa maladresse, Groupaction avait réussi à donner aux caricaturistes le premier symbole du scandale des commandites : la photocopieuse.

CHAPITRE 7

Lorsque Sheila Fraser a reçu l'appel fatidique du ministre des Travaux publics Don Boudria, l'informant qu'elle héritait de l'enquête Groupaction, sa première réaction fut de dire: «Oh non!»

«On ne voulait pas vraiment le faire», m'a récemment dit la vérificatrice générale au sujet de cet appel du 19 mars 2002.


PHOTO D'ARCHIVES

Jean Brault

Le «bum de Longueuil», comme on surnommait Jean Brault chez Groupaction, se parfumait allégrement et se parait d'ornements dorés et d'habits brillants. Il était tellement voyant que bien des gens préféraient parler de ses jewels que de ses bijoux, le dernier mot ne rendant pas justice à ses agréments.

CHAPITRE 8

Et à ma grande surprise, Polygone éditeurs avait obtenu une généreuse commandite pour un événement… qui n'avait jamais eu lieu!

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Durant trois jours, le Journal de Montréal vous a présenté en exclusivité des extraits du livre de Daniel Leblanc, ce journaliste qui a mis au jour le scandale des commandites. L'ouvrage lève le voile sur les dessous de cette enquête journalistique sans précédent.

Le Journal de Montréal, lundi 23 octobre 2006
L'appel qui déclencha tout


Le programme des commandites accordait la part du lion aux événements tenus au Québec, tandis que les autres provinces devaient se contenter de peu.
Sur le point d'abandonner son enquête, l'auteur reçoit un coup de fil inespéré

C’est dans l'ignorance la plus totale de cette bataille menée par Anita Lloyd que j'ai reçu la première liste complète, en mai 2000. En regardant le document pour la première fois à cette époque, j'ai tenté de vérifier l'affirmation de mon ancien collègue selon laquelle Chuck Guité avait fait certains cadeaux aux agences de publicité avant de prendre sa retraite.

J'avais en main cette longue liste contenant toutes les commandites distribuées pour des centaines d'événements durant les années Guité. Espérant y trouver une histoire, je feuilletais les pages une par une, cherchant un sens à cette base de données qui comportait des rangées et des rangées de chiffres. Malheureusement, le tout me semblait un vrai charabia. Malgré mes efforts, je n'arrivais pas à déceler d'indices démontrant que Chuck Guité avait «payé la traite» aux agences en 1999. Je n'avais pas de doute sur le bien-fondé de ce qu'on m'avait rapporté, mais mon histoire ne reposait sur aucun élément solide. Je m'apprêtais à ranger la liste dans mes tiroirs quand, tout à coup, j'ai eu un flash. J'ai compris que je l'avais, mon article.

DES PAGES ET DES PAGES

C'est en regardant les feuilles que j'ai remarqué qu'à côté de chaque commandite sur la liste, il y avait une colonne où était indiquée la province de l'événement. Tandis que les commandites octroyées aux provinces maritimes, à l'Ontario et aux provinces de l'Ouest tenaient sur une ou deux feuilles chacune, celles du Québec prenaient des pages et des pages. Je me disais alors que le Québec avait bien le droit de recevoir du financement pour tous ses festivals, mais que la province n'avait quand même pas le monopole sur la tenue d'événements artistiques et sportifs au Canada. Travaillant pour un journal national, je savais qu'il y avait là matière à écrire un article qui ferait sûrement des remous d'un océan à l'autre. J'ai pris le soin de comptabiliser ce qui avait été donné à chaque province et j'ai écrit mon article, publié en manchette principale le 31 mai 2000.

LE PREMIER ARTICLE

Le Québec reçoit la part du lion des commandites fédérales

«L’Ouest se fait rouler quand vient son tour d'obtenir des commandites du gouvernement Chrétien, alors que le Québec remporte le gros lot. Au cours des deux dernières années, Travaux publics Canada n'a commandité que 18 festivals et événements dans l'Ouest, comparativement à 357 au Québec…».

Afin de donner suite à cet article, je me suis amusé à parler à différents députés libéraux pour leur demander ce qu'ils pensaient du programme des commandites. Ceux à l'extérieur du Québec étaient outrés de voir que le gouvernement favorisait la Belle Province à leurs dépens, affirmant que la situation ne faisait que nourrir le sentiment d'aliénation dans l’Ouest canadien.

Il était incroyable de constater que le fédéral avait instauré un tel programme sans jamais le promouvoir, même auprès de ses propres députés de l'extérieur du Québec.

PLUS RIEN À TIRER

Mais avec les vacances d'été qui approchaient, je ne m'attendais pas à écrire d'autres articles sur le sujet. Il était déjà valorisant d'avoir traité cette histoire pendant deux jours successifs.

À mes yeux, il n'y avait donc plus de renseignements à tirer de cette liste contenant des chiffres et des détails sur les centaines d'événements sportifs et culturels commandités. Il ne me restait plus qu'à l'archiver.

C'est alors que mon téléphone a sonné. À l'autre bout du fil, une voix réservée et méfiante, anonyme. La voix d'une femme qui allait me pousser plus loin dans mon enquête.

Une personne qui, sans s'en douter, contribuerait quelques années plus tard à faire tomber le gouvernement libéral et la mafia des commandites.

D’AUTRES SAVOUREUX EXTRAITS

CHAPITRE 9

MaChouette avait été la première à me parler de ce personnage inconnu du nom de Jacques Corriveau, en 2000. ElIe me disait qu'il était derrière la pluie de contrats chez Lafleur Communication et Groupaction. Je n'avais jamais oublié ce nom, mais il m'avait fallu bien des mois pour obtenir d'autres informations concrètes à son sujet.

Le Fonctionnaire avait déposé le rapport dans une enveloppe à mon nom à la réception de l'hôtel. Je n'ai eu qu'à la cueillir après avoir vérifié si quelqu'un avait laissé un document à mon attention. Rapport en main, je suis revenu à mon bureau. Seul dans l'ascenseur, j'ai été incapable de résister à la tentation et j'ai ouvert l'enveloppe avant d'être arrivé au 14e étage.

CHAPITRE 10

Malgré ces différences, il y avait quand même un lien direct entre le travail journalistique et l'enquête policière dans le dossier des commandites : les médias et la GRC se partageaient un informateur.


PHOTO D'ARCHIVES

Charles Guité

Chuck Guité était au naturel lorsqu'il a été arrêté, vêtu d'un chapeau de cowboy et d'une veste, comme s'il s'en allait jouer dans un film western. Mais là, il interprétait le rôle du méchant, accompagné par les shérifs jusqu'au palais de justice, à Montréal.

CHAPITRE 12

Boum! Jean Brault avait largué sa bombe. Et il n'avait pas fini. Après avoir fait de si nombreux dons au Parti libéral au fil des années, il se disait qu'on lui en devait une.

CHAPITRE 13

Je me suis immédiatement imaginé ce qui se passerait si nous nous étions trompés et si, en fait, l'ex-premier ministre était blanchi. Je voyais arriver une armée d'avocats de Jean Chrétien avec une lourde poursuite contre le journal. Malgré cette vision, nous n'avons rien changé à l'article, confiants de notre coup.

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Le Journal de Montréal, mardi 24 octobre 2006
La SQ a perquisitionné chez Gomery

Elle cherchait des preuves dans le cadre de son enquête criminelle sur Jean Lafleur


Jean Lafleur avait oublié comment il est devenu millionnaire du jour au lendemain grâce au programme des commandites.
Le scandale des commandites n'a pas fini de nous étonner : la Sûreté du Québec a obtenu deux mandats pour fouiller 140 boîtes de documents que la commission Gomery avait en sa possession au printemps 2005, révèle un document de la Cour supérieure.

La Sûreté du Québec a perquisitionné les locaux de la commission Gomery durant trois jours, en mars 2005, dans le cadre de son enquéte criminelle sur l'agence de publicité de Jean Lafleur, indique un jugement daté du 22 juin 2005.

Vous vous souvenez sûrement de Jean Lafleur : c'est lui qui avait oublié comment il est devenu millionnaire du jour au lendemain grâce au programme de commandites. Son agence de publicité avait raflé 65 millions en contrats de commandites, dont 36,5 millions en commissions.

Jean Lafleur s'était fait remarquer en demandant 275 $ l'heure au gouvernement fédéral pour magasiner pour des cravates et des boules de Noël. La commission Gomery a aussi révélé que M. Lafleur a facturé des milliers d'heures en utilisant le nom de son fils, Éric, pour du travail qui n'a jamais été effectué.

Après la tempête des commandites, il y a un an, Jean Lafleur a trouvé refuge sous le soleil du Costa Rica. Ses voisins des appartements Del Vista, dans la chic banlieue de San José, se sont plaints des soirées bruyantes et bien arrosées de l'homme d'affaires et de ses amis.

On comprend Jean Lafleur de profiter de la vie. Il a appris comme tout le monde par les journaux, ces derniers jours, que la Sûreté du Québec vient de déposer son rapport d'enquête sur les commandites au bureau du procureur de la Couronne, à Montréal.

La SQ a déployé une équipe de choc pour faire la lumière sur les commandites : cette seule enquête avait coûté 2,3 millions de dollars en date du 31 mars 2006. Plus précisément 2336278 $, incluant salaires, heures supplémentaires et dépenses, a indiqué le ministère de la Justice du Québec en réponse à une demande d'accès à l'information du Journal de Montréal.

Les policiers de la SQ n'ont reculé devant rien pour mener leur enquête. Ils ont pris le moyen inusité de perquisitionner les locaux de la commission Gomery, au complexe Guy-Favreau à Montréal, pour mettre la main sur 140 à 150 boîtes de documents reliés à Lafleur Communication Marketing.

Les enquêteurs ont mis trois jours pour scruter à la loupe ces milliers de documents et de fichiers informatiques, en mars 2005. C'était au moment même oû le juge John Gomery obtenait des cotes d'écoute record en faisant témoigner en direct les principaux acteurs du scandale.


JEAN-CLAUDE HÉBERT
Défenseur de Lafleur
MÉTHODE CONTESTÉE

Jean Lafleur a contesté, en vain, en Cour supérieure les deux mandats accordés à la SQ par le juge de paix Jean-Georges Laliberté. Comme toutes les enquêtes publiques menées au Canada, la commission Gomery avait un devoir de confidentialité qui l'empêchait de transmettre à la police des documents remis de bonne foi par les témoins, soutenait M. Lafleur.

Les représentants de la commission Gomery «ont collaboré avec la police en identifiant des caisses de documents reliées à mon client», affirme le criminaliste Jean-Claude Hébert, qui a défendu Jean Lafleur dans cette histoire. «À ma connaissance, c'est la première fois que ça arrive, que la police va chercher de la preuve dans une commission d'enquête. J'ai entendu des témoins dire qu'ils se sentaient floués d'avoir joué franc jeu avec la commission», ajoute-t-il.

Dans une décision rendue le 22 juin 2005, la juge France Charbonneau donne raison à la SQ : la perquisition dans les bureaux de la commission Gomery était la seule façon pour les enquêteurs d'obtenir certains rapports liés à leur enquête, a-t-elle tranché.

On devrait savoir bientôt si ces précieux documents ont été utiles à la police.

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Le Journal de Montréal, mardi 24 octobre 2006

COMMANDITES: LA SUITE

Rien d'inhabituel?


Bernard Roy, procureur en chef de la commission Gomery.
Le procureur en chef de la cornmission Gomery, Bernard Roy, soutient que la perquisition de la SQ dans les locaux de la commission «n'avait rien d'inhabituel».

«On leur a dit : Écoutez, il n'est absolument pas question qu'on vous remette ces documents, on a l'obligation d'en assurer la confidentialité», a indiqué hier l'avocat.

Bernard Roy explique qu'à partir du moment où un juge de paix avait signé le mandat de perquisition, la commission n'avait pas le choix de collaborer et de permettre aux policiers d'accéder aux documents.

Sans mandat en bonne et due forme, «la commission aurait pu être accusée d'avoir manqué à son devoir d'impartialité et d'être de mèche avec la police», admet-il.

L'enquête de la SQ sur Jean Lafleur vise des infractions de fraude, de faux et d'emploi de documents contrefaits, indique un jugement de la Cour supérieure du Québec daté du 22 juin 2005.

La SQ enquête sur Jean Lafleur à la place de la GRC parce que l'homme d'affaires et la police fédérale ont collaboré ensemble à une... commandite visant à célébrer le 125e anniversaire de fondation de la GRC.

Le Journal de Montréal a révélé en juillet dernier que l'enquête de la GRC sur les commandites a coûté 7,6 millions de dollars aux contribuables. Les enquêteurs fédéraux ont travaillé près de 83000 heures sur ce scandale.

En additionnant les coûts de l'enquête de la GRC à celle de la SQ, la facture atteint 10 millions de dollars. Trois acteurs du scandale des commandites ont été condamnés à des peines de prison pour fraude : l'ex-fonctionnaire Charles Guité, et les hommes d'affaires Jean Brault et Paul Coffin.

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Le Journal de Montréal, dimanche 29 octobre 2006
Commandites, l'événement le plus médiatisé

Après quatre ans de médiatisation, le scandale des commandites est devenu l'événement le plus important sur le plan des nouvelles dans les années 2000 au Québec.

JESSICA NADEAU
Le Journal de Montréal


JOHN GOMERY
star à sa manière
C'est ce que révèle une analyse de la firme Influence Communication, qui collige chaque jour toutes les nouvelles en Amérique du Nord et détermine le poids média de celles-ci.

Ainsi, en termes de volume et de longévité, c'est le scandale des commandites qui remporte la palme de la nouvelle la plus médiatisée au Québec.

Du jamais-vu

«L'ampleur de la nouvelle, la démesure et la polarisation autour d'un dossier comme ce fut le cas pour le scandale des commandites, c'est du jamais-vu», soutient Jean-François Dumas, président d'Influence Communication.

Dans les journaux, depuis 2002, quelque 87653 articles ont été publiés sur le sujet au Canada, dont 28 % au Québec seulement.

Du côté des radios et de la télévision, le scandale des commandites a accaparé 8921 heures de temps d'antenne, soit l'équivalent de 371 jours de diffusion en continu.

Et les médias québécois ont contribué pour 52 % du volume grâce, notamment, à la diffusion des travaux de la commission Gomery.

«Si l'événement va marquer l'histoire, la médiatisation et la façon dont il se vivait tous les jours vont aussi laisser sa marque», affirme M. Dumas.

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